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8 novembre 2016
Eric Bernard

(re)Découverte des TICs en France

Je suis un dinosaure du web. J’ai utilisé des réseaux pré-Internet. Je me suis posé des questions sur l’utilité de ce nouvel outil qu’était le net. J’ai codé à la main des pages HTML pour les mettre sur un (très gros) serveur universitaire. J’ai vu la naissance et la mort des cybercafés en province. J’ai enterré le dernier minitel.

J’ai surtout passé 25 ans à me préoccuper du développement d’Internet ailleurs qu’en France, dont 15 ans passés hors de l’Hexagone pour être plus proche de ma passion et de mon métier.

En revenant pour un semestre en France depuis juillet dernier, je savais qu’il me serait difficile de me réadapter. Mais je n’anticipais pas ma découverte de ce qu’étaient devenues les technologies de l’information et de la communication pendant mon absence.

Certes, le débit auquel j’ai aujourd’hui accès m’impressionne encore. Certes, il y a du wifi gratuit presque partout, et mon accès 3G fonctionne parfaitement bien pour combler les vides. Mais que de surprises avant d’en arriver là. Je ne prétends pas que ce soit tout le temps et chez toutes les entreprises pareil, je ne partage ici que mon expérience récente.

Quand on arrive à Bamako ou à Conakry (par exemple), il suffit de quelques secondes à l’aéroport pour se trouver en possession d’une carte SIM opérationnelle avec du crédit correspondant. Cela prend une minute et coûte l’équivalent de quelques euros, recharge comprise.

En France, c’est un peu plus compliqué. D’abord parce qu’à l’aéroport d’Orly, il n’y a pas de vendeur de carte SIM. On doit donc patienter jusqu’à trouver un bureau tabac ou une boutique de téléphonie. Le prix de la carte SIM reste modique, les recharges nettement moins. Mais surprise, pour que vous puissiez recharger votre compte il faut que vous prépariez une photocopie de votre carte d’identité à renvoyer à l’opérateur et ceci sous une semaine. Par la Poste ! Pour le progrès numérique, ce n’est pas là qu’il faudra le chercher.

Quand on veut installer Internet chez soi à Port-au-Prince, en Haïti, cela prend une grosse demi-heure (c’est surtout du temps de trajet d’ailleurs). On choisit un opérateur (il n’y en a pas cinquante, donc le choix ne prend pas trop de temps), on se rend dans ses bureaux, on signe un contrat, on paye et on repart avec son routeur sous le bras. Arrivé chez soi, on branche son routeur sur n’importe quelle prise électrique et voilà !

En France, cela a été pour moi un peu plus compliqué (attention, il faut suivre, ou passer directement à la conclusion). Les choix de forfaits sont plus nombreux et le comparatif pas toujours évident. Le choix étant fait, étant dans une petite ville (même si c’est la seconde du département) où il n’y a pas d’agence de l’opérateur choisi, il a fallu attendre que le routeur soit transmis à un commerçant local servant de dépôt et qu’on en soit informé par la Poste. Voilà déjà quelques jours de passés. Récupération du routeur, déballage. Première surprise, s’il faut bien une prise électrique, il faut aussi une prise de téléphone fixe. De là à ce qu’on me demande de valider ma connexion par Minitel ! Je branche le tout, pas de synchronisation. Appel à la maintenance. Ce ne sera activé que quatre jours après me dit-on. Très bien. Le jour dit, toujours rien, rappel à la maintenance. Un problème sur le réseau, c’est sur toute la zone, ce sera rétabli le lendemain à 14h56 (véridique). Le lendemain soir toujours rien, rappel à la maintenance, on teste le tout, résultat : il me faut le ramener à la boutique de l’opérateur, le faire tester et le changer le cas échéant. N’étant pas dans une ville où il y a une boutique, je me déplace à la ville principale avec mon routeur sous le bras. J’ai pris soin de vérifier sur internet les adresses des boutiques. Pas de chance, la première que je visite n’existe plus que sur le net. Je me dirige vers la seconde. Ticket, attente, rencontre d’un conseiller (qui m’explique que normalement ce n’est pas dans cette boutique qu’on fait ce genre d’opération, mais il va être sympa). Test technique du routeur. Effectivement, c’est bien la box qui ne fonctionne pas. On me la change, on évacue ma demande de tester celui là (« cela n’arrive jamais », c’est donc moi qui n’ait pas de chance), et je repars avec. Cette fois effectivement, elle fonctionne correctement. Conclusion : il m’a fallu près de quinze jours après la demande pour avoir une connexion internet fonctionnelle.

La différence se trouve aussi au niveau des usages.

Réserver une voiture en ligne ? C’est a priori possible en France évidemment, mais pour la plupart de mes essais, les sites web des loueurs ne proposent pas les tarifs et/ou renvoient en fin de parcours à un numéro de téléphone où il faut appeler pour réserver. Et pour couronner le tout, ce sont des numéros surtaxés qui ne fonctionnent pas avec le forfait téléphone prépayé que j’ai choisi. Donc rachat d’une nouvelle recharge spécifique rien que pour cela.

Prendre un rendez vous médical par internet ? C’est possible en République Dominicaine en utilisant Whatsapp, mais en France, les cabinets médicaux ne mentionnent même pas une adresse mail où les contacter.

Et je découvre tous les jours de nouvelles possibilités faites pour me simplifier la vie, toutes les plus complexes les unes que les autres à mettre en œuvre lorsque l’on n’a pas tous les éléments en main.

Je veux bien admettre que je suis inadapté et que pour les gens ici, tout ce que je raconte est évident et facile. Je veux bien croire aussi que je n’ai pas eu de chance, et que pour les gens ici, cela n’arrive jamais. J’admets également qu’en termes d’accès il reste encore à faire dans de nombreux pays du Sud, de même qu’en termes de tarification et de régulation pour garantir un meilleur accès, à tous et dans les meilleures conditions. Néanmoins, ces quelques mois en France m’ont convaincu qu’en termes d’usages des TIC, l’avenir est aux Suds et que la France aurait beaucoup de choses à apprendre de ces pays si elle s’en donnait la peine.

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