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8 juin 2013
Eric Bernard

Quelles relations possibles entre l’art et les médias sociaux ?

Lors de la clôture du programme 2012 de Trias Numerika le 31 mai 2013, il m’a été demandé de faire une courte intervention sur les relations possibles entre le secteur artistique et les médias sociaux.

Le numérique a investi l’art comme le programme Trias Numerika en témoigne et comme on a pu récemment l’écouter ici sur Place de la Toile (France Culture).

Mais qu’en est-il plus spécifiquement des médias sociaux ?

Il y a selon moi 5 principaux types d’usages des médias sociaux par les artistes.

1. S’informer et s’exprimer

Que l’on soit artiste, plombier, étudiant ou tout autre chose, utiliser les médias sociaux commence avant tout par obtenir de l’information sur des sujets et/ou des personnes. Cette fonction de veille n’a rien de spécifique pour les artistes. Elle appelle une réponse ou une expression personnelle sur ces mêmes médias sociaux. Pour un artiste, l’autopromotion et le réseautage permit par les médias sociaux représente une véritable chance, surtout pour ceux n’étant pas dans les centres culturels principaux (à l’échelle mondiale, mais aussi locale).

Mais cette fonction première et naturelle des médias sociaux recouvre deux dangers potentiels.

D’une part les médias sociaux peuvent être très chronophage et addictifs. Or, lorsque l’on consomme de l’information, on ne produit pas. Alors que cette veille peut être une nécessité pour un journaliste, pour un artiste elle peut constituer, si elle devient déraisonnable, une limitation du temps de production artistique. Si cet empiètement sur le temps professionnel n’est pas propre aux artistes (l’usage trop régulier de Facebook – ou des messageries instantanées - au bureau conduit certainement à un certain manque de productivité), elle est un peu particulière pour tous les métiers dont le temps professionnel n’est pas réglé par des horaires fixes et une hiérarchie puisqu’elle peut être plus facilement envahissante toute la journée et n’est pas détectable ni sanctionnable par un supérieur. L’artiste qui passe huit heures par jour sur les médias sociaux au lieu de produire n’a généralement de compte à rendre qu’à lui-même.

D’autre part - et c’est plus spécifique aux artistes - les médias sociaux permettent d’avoir rapidement sous les yeux l’information sur ce que d’autres artistes font. C’est bien sûr stimulant dans la plupart des cas, mais peut être également parfois extrêmement démotivant et dévalorisant. Comparer en permanence sa propre production aux meilleurs acteurs de son domaine est risqué, et peut conduire à abandonner certains projets sous prétexte que d’autres ont déjà fait cela, ou presque cela. Voir ce que font les autres, c’est bien, à condition de ne pas se limiter à cela, et c’est ici qu’intervient le deuxième niveau d’appropriation des médias sociaux pour des artistes.

2. S’approprier les contenus

Un artiste doit produire et les médias sociaux doivent être une source d’inspiration (parmi d’autres) pour sa propre production. Il peut s’agir d’un projet surgit au détour d’un échange, d’une technique intéressante découverte sur Youtube, d’une idée née d’un rapprochement de plusieurs éléments, d’une appropriation personnelle d’une performance réalisée à l’autre bout du monde dans un autre contexte…

Quoiqu’il en soit, si les médias sociaux peuvent être une source d’inspiration, il est nécessaire de s’en détacher pour que cette utilité s’inscrive concrètement dans la réalité. Quitte à y revenir ensuite pour en faire la promotion.

3. Faire des médias sociaux des thèmes artistiques

Les médias sociaux eux-mêmes (et non plus leurs contenus) peuvent être par ailleurs le thème de réalisations artistiques. Comme cela a été fait en peinture ou au théâtre (par exempleici) pour de nombreuses autres techniques, Twitter ou Facebook peuvent être en eux-mêmes des sujets artistiques comme le démontre par exemple Anthony Antonellis.

De même en utilisant un mur – qui n’est pas sans rappeler le terme de « mur » de Facebook – le street artist Above a créé une performance appelée #socialmedia, où ce qui est inscrit est immédiatement recouvert de ce qui vient ensuite, questionnant ainsi la vitesse des échanges (à partir d’un support physique justement long à couvrir, ce que masque en partie la capture vidéo) et la mémoire des échanges.

Aram Bartholl, en 2008, propose « Sociial », une performance où quatre personnes jouent au tennis sur une Nintendo Wii pendant qu’un orateur lit les descriptions d’une centaine de médias sociaux présents en fond de scène derrière les joueurs. Cette œuvre interroge plusieurs choses. Ainsi quatre personnes ensemble jouant au même jeu, face à un public qu’ils ne regardent pas, créent-ils du social ? Quel lien peut-on faire aujourd’hui entre le corps et l’espace virtuel ? Que savons nous réellement des outils sociaux qui nous font « faire » des choses ?

4. Détourner les outils

Les médias sociaux sont faits pour communiquer mais, comme le domaine de l’art sait si bien le faire, ils peuvent être détournés de leur usage premier pour devenir le support même de l’artiste numérique. Il ne s’agit pas là d’utiliser les médias sociaux pour promouvoir son œuvre, mais de créer une œuvre à partir des contraintes et spécificités de ces outils.

Ainsi, lorsqu’un écrivain se contraint aux 140 caractères de Twitter pour écrire une œuvre, il détourne l’usage initial du média social pour créer une œuvre originale. La twittérature,puisque c’est son nom, dispose même de son Institut de Twittérature comparée et de son Festival international.

La culture du Mashup, du remix et du détournement a su également utiliser les médias sociaux comme source de matériaux, comme support et comme outil de diffusion.

5. Extraire les concepts

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Marcel Duchamp - Nu descendant un escalier - 1912

Enfin, et de manière plus abstraite, les médias sociaux véhiculent des valeurs modernes sur lesquelles un artiste peut avoir à se pencher. Travailler aujourd’hui sur des thèmes aussi divers que le temps, l’espace, les relations sociales mais aussi la vitesse, la mondialisation, l’individualisation, la solidarité… Tout comme il peut être nécessaire à un artiste de se plonger concrètement (et non seulement dans son imagination) dans un univers particulier pour en extraire un sens, il peut être utile à des artistes de pratiquer les médias sociaux pour réfléchir sur des valeurs abstraites et très actuelles qui sont véhiculés par les médias sociaux.

Marcel Duchamp n’a pas fait autre chose lorsqu’en 1912 il peignait « Nu descendant un escalier ». Il ne parlait pas directement du cinéma qui l’avait inspiré, mais bien du mouvement lui-même et de sa représentation picturale.

 

Ces niveaux d’appropriation des médias sociaux par les artistes ne sont évidemment pas cloisonnés, mais ils impliquent tous une pratique plus ou moins approfondie de ces outils pour un meilleur usage et une plus grande qualité de production et d’innovation artistique.

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