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17 octobre 2017
Eric Bernard

Les maisons d’édition francophones et l’envoi numérique de manuscrits

Le sujet peut sembler éloigné de l’objet de ce blog, mais il n’en est rien. J’espère d’abord que ce n’est que le début d’une série sur les questions d’édition (et de) numérique qui viendront se frotter aux médias sociaux mais surtout parce que la culture (et donc la littérature) fait intégralement partie du développement.

L’idée de départ était simple : comment un auteur qui n’a pas le choix dans son pays entre de multiples maisons d’édition et/ou qui n’a pas accès à un bureau de Poste classique pour transmettre ses manuscrits à l’étranger et/ou qui n’a pas forcément des centaines d’euros à dépenser, comment cet auteur donc peut espérer se faire publier ?

Imprimer, photocopier, affranchir son manuscrit pour l’envoi a une maison d’édition ? Chacune de ces étapes coûte cher. Parfois très cher, si par exemple seul DHL est capable d’assurer cet envoi. Or, on n’envoie généralement pas un manuscrit à une seule maison d’édition mais à plusieurs, multipliant ainsi les coûts.

Soyons clairs, un écrivain d’Agadez, de Dame-Marie ou de Tambacounda a moins de chance de faire lire son manuscrit à un éditeur qu’un écrivain de Paris ou de Montréal. Et cela indépendamment de la qualité de son manuscrit. C’est simplement une question logistique et financière.

Le numérique permet de rétablir un certain équilibre. La réception classique par voie postale des manuscrits permet certes aux petites maisons d’édition de ne pas voir affluer des milliers de manuscrits que leurs ressources humaines, qui sont limitées, ne leur permettent pas de traiter. Mais en tout état de cause, cela constitue un droit d’entrée financier élevé, discriminant, qui ne peut pas être masqué par la seule conviction que seule la voie postale et ses coûts sont un filtre préalable pertinent pour juger de la qualité de l’écrit. Un écrivain génial qui ne peut pas assurer cet investissement ne pourra juste pas le faire. Point.

L’envoi de son manuscrit par voie numérique facilite donc l’accès des écrivains aux maisons d’édition. Encore faut-il qu’elle l’acceptent.

Une analyse de 300 maisons d’éditions francophones (majoritairement françaises, mais également suisses, belges, québecoises et haïtiennes) disposant d’un site web (sur lequel trouver l’information) a été entreprise pour saisir un peu, en cet automne 2017, la place du numérique dans ce processus.

Et on peut dire que le verre est à moitié plein... ou à moitié vide.

La qualité des sites web des maisons d’édition étant très variable (et ce ne sont pas les plus petites qui ont les sites web les plus mal faits), seuls deux tiers des maisons d’édition donnent des informations aux auteurs. Sans doute par peur de recevoir trop de manuscrit. Ou par simple désintérêt pour ce qui est sur leur site web.
La plupart de celles qui donnent des précisions acceptent les manuscrits, les autres précisant avoir suspendu leur réception jusqu’à une date précise ou pour une durée indéterminée.

Et il n’y a au final qu’un peu plus de la moitié des maisons d’éditions qui acceptent de recevoir les manuscrits seulement par voie postale. Un tiers acceptent les deux types de réception, et 15% n’acceptent que par voie numérique. Ces derniers le justifient souvent par une position écologiste, mais parfois aussi par la facilité de transmettre les manuscrits à un comité de lecteurs.

Au total 72 maisons d’éditions acceptent donc un manuscrit en numérique. Cela fait certes 45% des maisons d’éditions acceptant un manuscrit, mais cela ne fait "que" 24% de l’échantillon. Rien ne dit que le tiers des maisons d’édition qui ne donnent aucune information n’acceptent pas les manuscrits, et ne les acceptent pas en version numérique, mais il faudrait d’abord les contacter une à une.

Voyons donc les choses de manière positive : sur cet échantillon loin d’être exhaustif, 72 maisons d’édition acceptent les manuscrits en numérique, ce qui n’est pas rien. Elles éditent dans tous les domaines, et ne sont pas forcément les plus petites (Calmann Lévy en fait partie par exemple). Alors pourquoi ne pas tenter sa chance ?

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