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24 mai 2010
Eric Bernard

[Archive AK-Dev] Haro sur Powerpoint : un vrai faux-débat

"[...] le développement de la technique n’est ni bon, ni mauvais, ni neutre"
(Jacques Ellul, La technique ou l’enjeu du siècle, p.394).


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L’armée américaine s’est exprimée bruyamment depuis quelques mois sur le rejet de Powerpoint, faisant écho à un débat qui date (au moins) déjà de quelques années.

En résumé, il est reproché à Powerpoint deux choses :
- de laisser croire que la réalité se limite à des listes à puces
- de consommer beaucoup de temps de préparation qui seraient plus utiles à d’autres choses.

Il faut noter que - pour une fois - ce n’est pas le produit de Microsoft lui-même qui est incriminé, mais qu’il est simplement l’outil le plus utilisé par l’armée américaine, et par le plus grand nombre d’organisations à travers le monde.

Il est banal d’accuser la technique plutôt que l’incompétence humaine, et de jeter ainsi le bébé avec l’eau du bain. Faut-il utiliser Powerpoint ou pas ? Bien sûr, si l’objectif s’y prête. Bien sûr que non si cela devient une nécessité administrative pathologique.

Pourquoi le rejet de Powerpoint, ainsi formulé, ne tient pas ?

Il est admis que 80% de la communication est non verbale. Remplacer une présentation visuelle par un discours ou même (et surtout ?) d’un échange de point de vues sans base de discussion est donc contre-productif. Que la séquence linéaire de Powerpoint soit limitante, certes. Rien n’empêche d’ailleurs d’utiliser d’autres outils (de mind mapping par exemple, ou une présentation Flash) à la place ou en complément de Powerpoint. D’ailleurs Powerpoint lui-même sait très bien être interactif et non linéaire pour peu qu’il soit conçu correctement. Mais on se heurte ici aux limites des concepteurs des dites présentations, et à celle de leur public (qui n’est pas toujours habitué à une présentation non-linéaire).

Les présentations limitent la compréhension d’un problème ? C’est sans doute que le présentateur se repose uniquement sur ses diapositives. Une présentation réussie n’est clairement pas basée sur la qualité du diaporama, mais sur une série d’attitudes de la part du présentateur (comme le contact visuel et l’interactivité avec l’audience, la modulation de la voix...).

Les présentations prennent beaucoup de temps ? Ah bon ? Et pas les réunions ? Encore une fois, ce n’est pas l’outil qui est en cause, mais la gestion du temps par les responsables. Une réunion minute n’a pas besoin de Powerpoint. Un séminaire, si.

La bonne utilisation de Powerpoint (ou de n’importe quel outil de communication) induit un biais, et des limites propres à l’outil. Ne pas chercher à combler ses limites par d’autres moyens complémentaires est soit de l’incompétence, soit une sorte de manipulation volontaire pour vendre, un produit ou un message, pour cacher des limites sur le fond en privilégiant la forme. Changez d’outil, vous obtiendrez d’autres limites.

En conclusion, la seule communication valable est celle qui utilise la synergie maitrisée des outils possibles. Cela demande plus de réflexion, parfois (mais pas toujours au regard des résultats obtenus) plus de moyens. Dans tout les cas, un outil seul ne touchera jamais toutes les cibles, de toutes les manières possibles, avec tous les impacts attendus.

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